Il s’appelait Jaroslav Sveceny, mais dans les rues poudreuses de Los Angeles, il devenait simplement Jaro. Une silhouette longiligne, voix de basse douce comme un cuir bien tanné, regard de cinéaste ayant trop vu. Il aurait fait un excellent psychanalyste, n’eût été cette incapacité chronique à croire que quiconque, vraiment, puisse être sauvé.

Il avait fui Prague à la faveur d’un voyage étudiant organisé au cœur même de la tempête. 1968. Les chars russes s’étaient invités sans prévenir. Jaro, lui, avait dit merci pour l’hospitalité et profité du chaos pour demander l’asile. Il s’installa à L.A., où il se fit un nom, ou du moins l’illusion d’un nom. Pas tout à fait cinéaste, jamais vraiment écrivain. Une ombre au milieu des ombres du show-business, se glissant avec une aisance déroutante parmi les gens plus célèbres que lui, comme s’il avait toujours su quelque chose qu’eux ignoraient.

Il avait ce don rare, presque inquiétant, de faire croire aux autres qu’ils comptaient. Même les plus puissants semblaient flattés qu’il se souvienne de leur prénom. C’est lui qui, sans s’en vanter, m’avait mis le pied à l’étrier. Par simple élégance, je crois. Jaro était comme ça : trop charmant pour être fiable, trop lucide pour être dangereux.

Il avait une passion discrète pour les entreprises vouées à l’échec. Il les lançait avec le sourire triste de celui qui porte un toast à un naufrage prévu. Il répétait une vieille blague tchèque chaque fois qu’un de ses projets sombrait : « Je bois à la réussite de notre entreprise… vouée à l’échec. » Ce rire, toujours au bord des larmes. Et les femmes, bien sûr. Toujours jeunes, toujours belles, toujours un peu perdues. Une d’entre elles, un jour, lui dit qu’elle devait partir. « Tu es trop compréhensif. Ça en devient insupportable. » Il sourit et répondit simplement : « Je comprends. »

Après la Révolution de velours, il était retourné à Prague. Officiellement pour un reportage. Officieusement, pour autre chose. Jaro avait le chic pour tomber sur des histoires que personne ne cherchait, sauf lui. Deux anciens agents du régime – des fantômes sans uniforme – lui avaient proposé une quête, une vraie cette fois : celle d’un trésor nazi, dissimulé quelque part dans les sous-sols boueux d’une Tchécoslovaquie en transition.

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