{"id":1040,"date":"1980-07-26T16:37:00","date_gmt":"1980-07-26T14:37:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.schultz-touge.com\/blogfiction\/?p=1040"},"modified":"2026-08-03T16:12:19","modified_gmt":"2026-08-03T14:12:19","slug":"hollywood","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.schultz-touge.com\/blogfiction\/1980\/07\/26\/hollywood\/","title":{"rendered":"Hollywood Outlaws"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hollywood vendait du r\u00eave, mais fabriquait surtout des journ\u00e9es de travail. Les affiches promettaient des femmes parfaites, des d\u00e9capotables et des couchers de soleil. Derri\u00e8re les fa\u00e7ades, il y avait une industrie. Une immense usine qui tournait sans arr\u00eat. Des d\u00e9corateurs, des cascadeurs, des maquilleurs, des machinistes, des figurants, des acteurs qui attendaient un coup de t\u00e9l\u00e9phone depuis des ann\u00e9es. Des types qui vivaient pour quelques secondes \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran. Le cin\u00e9ma n&rsquo;\u00e9tait pas une f\u00eate, c&rsquo;\u00e9tait un m\u00e9tier, et parfois un tr\u00e8s mauvais m\u00e9tier. Puis il y avait les autres. Ceux que les studios ne montraient jamais. Les Outlaws de Hollywood. Ils appartenaient davantage au Hollywood Boulevard des \u00e9toiles incrust\u00e9es dans le trottoir qu&rsquo;aux villas des collines. On les croisait au milieu des touristes. Des anciens acteurs oubli\u00e9s, des drogu\u00e9s, des clochards, des prostitu\u00e9es fatigu\u00e9es, des pr\u00e9dicateurs annon\u00e7ant la fin du monde, des mormons distribuant leurs brochures, des adeptes de la Scientologie recrutant de nouveaux fid\u00e8les. Toute une population de croyants, de perdants, d&rsquo;illumin\u00e9s et de survivants qui gravitaient autour de l&rsquo;usine \u00e0 r\u00eaves comme les d\u00e9bris autour d&rsquo;une plan\u00e8te. Ils \u00e9taient eux aussi Hollywood, m\u00eame si personne ne les photographiait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">AAu milieu de cet univers se trouvait la maison de Virgil Fry. A West Hollywood, les pelouses devaient \u00eatre impeccablement tondues sous peine d&rsquo;amende. Les haies \u00e9taient taill\u00e9es au cordeau, les all\u00e9es balay\u00e9es, les rosiers disciplin\u00e9s. Et puis il y avait cette propri\u00e9t\u00e9 qui semblait avoir oubli\u00e9 qu&rsquo;elle \u00e9tait en Californie. Les herbes montaient jusqu&rsquo;aux genoux. Les arbustes \u00e9taient devenus des arbres. Des poules, des coqs et des lapins circulaient librement entre les broussailles. On aurait cru une vieille ferme \u00e9gar\u00e9e au beau milieu du d\u00e9sert industriel des studios. Une anomalie v\u00e9g\u00e9tale encercl\u00e9e par le b\u00e9ton, les parkings et les plateaux de tournage. Virgil ressemblait \u00e0 sa maison. Grand, massif, le visage labour\u00e9 par les coups re\u00e7us autrefois sur les rings. Ancien boxeur Golden Globes, devenu acteur, il passait sa vie \u00e0 mourir dans les westerns. Quand un cow-boy au chapeau noir tombait de son cheval au milieu d&rsquo;une fusillade, il y avait fortes chances que ce soit lui. Il n&rsquo;avait jamais \u00e9t\u00e9 une vedette. Seulement un de ces visages que tout le monde reconna\u00eet sans conna\u00eetre leur nom. Hollywood vivait aussi gr\u00e2ce \u00e0 ces hommes passionn\u00e9 de cin\u00e9ma. Virgile \u00e9tait de ceux-l\u00e0. Autour de lui gravitait une \u00e9trange famille. Sur Hollywood Boulevard, \u00e0 deux pas du Chinese Theater, o\u00f9 se distribuer les Oscars, Virgine tenait un th\u00e9\u00e2tre minuscule, mais complet avec une sc\u00e8ne, des coulisses, un rideau rouge et des fauteuils en gradins pour une trentaine de spectateurs. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il enseignait la com\u00e9die \u00e0 des jeunes gens venus de tous les coins des USA pour tenter leur chance \u00e0 Hollywood. Sean, son fils de neuf ans, jouait l&rsquo;un des enfants dans <em>E.T <\/em>et Delia, la Philippine qui faisait tourner la maison, apparaissait dans le film sous les traits de l&rsquo;infirmi\u00e8re qui participe au sauvetage de la cr\u00e9ature, venue de l&rsquo;espace.Sean racontait avec naturel sa rencontre avec Marlon Brando pendant le tournage de <em>Missouri Breaks<\/em>, o\u00f9 son p\u00e8re incarnait, une fois encore, un hors-la-loi promis \u00e0 une mort rapide.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les Outlaws les plus c\u00e9l\u00e8bres venaient de l&rsquo;\u00e9poque du film <em>Easy Rider<\/em>, Dennis Hopper, Jack Nicholson, mais aussi des figures comme George Lucas ou Harry Dean Stanton l&rsquo;inoubliable antu h\u00e9ro de Paris Texas.Pourtant, ils se montraient rarement chez Virgil. Lorsqu&rsquo;ils franchissaient le portail envahi par les herbes, ce n&rsquo;\u00e9tait presque jamais pour parler de cin\u00e9ma. Il pouvait \u00eatre question d&rsquo;un deal de coca\u00efne, d&rsquo;une histoire priv\u00e9e, d&rsquo;un service discret. La maison \u00e9tait un refuge. On y \u00e9chappait aux producteurs, aux agents, aux journalistes et surtout aux paparazzis. C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;un des rares endroits o\u00f9 l&rsquo;on pouvait encore respirer sans avoir le sentiment d&rsquo;\u00eatre observ\u00e9. Voil\u00e0 ce qu&rsquo;\u00e9tait Hollywood \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980. Une ville o\u00f9 les riches, les c\u00e9l\u00e8bres, les anonymes magnifiques et les laiss\u00e9s-pour-compte vivaient dans le m\u00eame d\u00e9cor sans vraiment se rencontrer. Tous \u00e9taient attir\u00e9s par la m\u00eame lumi\u00e8re, m\u00eame lorsqu&rsquo;elle ne leur \u00e9tait jamais destin\u00e9e. Et il arrivait que les uns comme les autres patientent c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te dans la file des avant-premi\u00e8res gratuites du festival Filmex, devant le D\u00f4me Theater. Pendant quelques heures, les vedettes, les seconds r\u00f4les et les inconnus redevenaient simplement des gens qui aimaient le cin\u00e9ma.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hollywood vendait du r\u00eave, mais fabriquait surtout des journ\u00e9es de travail. Les affiches promettaient des femmes parfaites, des d\u00e9capotables et des couchers de soleil. Derri\u00e8re les fa\u00e7ades, il y avait une industrie. Une immense usine qui tournait sans arr\u00eat. 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