{"id":81,"date":"2026-03-04T17:34:00","date_gmt":"2026-03-04T16:34:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.schultz-touge.com\/blogfiction\/?p=81"},"modified":"2026-05-07T12:12:32","modified_gmt":"2026-05-07T10:12:32","slug":"bernard-barazer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.schultz-touge.com\/blogfiction\/2026\/03\/04\/bernard-barazer\/","title":{"rendered":"Bernard Barazer"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bernard \u00e9tait un personnage singulier, de ceux qu\u2019on ne rencontre qu\u2019une fois dans une vie. Le seul, en tout cas, que j\u2019aie jamais connu, capable de ne jamais rien prendre au s\u00e9rieux. L\u2019existence, l\u2019amour , la vie, la mort, tout cela n\u2019\u00e9tait pour lui que mati\u00e8re \u00e0 plaisanterie. Il cultivait un humour nihiliste , un humour d\u00e9sinvolte, parfois mal compris, notamment dans le monde professionnel, o\u00f9 il ne passait pas toujours la rampe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je l\u2019avais rencontr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de dix ans, dans la rue. Il habitait juste en face de chez moi, \u00e0 Neuilly-sur-Seine. Issu d\u2019un milieu tr\u00e8s modeste d\u2019artistes \u2014 des gens de th\u00e9\u00e2tre, pour la plupart inconnus \u2014, il vivait avec les siens dans un petit appartement nich\u00e9 dans un immeuble de deux \u00e9tages, coinc\u00e9 entre de s\u00e9v\u00e8res fa\u00e7ades haussmanniennes. Une enclave discr\u00e8te, presque invisible, au c\u0153ur d\u2019un quartier cossu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne saurais dire s\u2019il avait suivi de longues \u00e9tudes secondaires, mais Bernard poss\u00e9dait une v\u00e9ritable culture. Il lisait beaucoup, avec une curiosit\u00e9 insatiable, et c\u2019est lui qui m\u2019ouvrit les portes du cin\u00e9ma. Nous allions \u00e0 pied, de la porte Maillot jusqu\u2019au Trocad\u00e9ro, pour assister \u00e0 une projection \u00e0 la Cin\u00e9math\u00e8que du palais de Chaillot. Pour quelques francs \u2014 parfois pour rien, car nous \u00e9tions enfants \u2014, nous d\u00e9couvrions des films que je n\u2019aurais jamais imagin\u00e9 voir ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le reste du temps, nous nous retrouvions \u00e0 la Maison de la Culture, toute proche. On y trouvait quelques tables de ping-pong, un laboratoire photo, et surtout un caf\u00e9-th\u00e9\u00e2tre modeste, compos\u00e9 de quelques tables et d\u2019une estrade o\u00f9 travaillait de jeunes com\u00e9diens, encore maladroits, mais d\u00e9j\u00e0 habit\u00e9s par le feu de la sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bernard me guidait, patiemment, dans cet univers. Plus tard, il y eut le Festival d\u2019Avignon, alors largement consacr\u00e9 au cin\u00e9ma. \u00c0 cette \u00e9poque, nous partions camper sur l\u2019\u00eele du fleuve, et passions nos journ\u00e9es \u00e0 courir de projection en projection. C\u2019est ainsi que je d\u00e9couvris des \u0153uvres majeures du cin\u00e9ma japonais, en version originale, non sous-titr\u00e9e \u2014 une exp\u00e9rience brute, presque initiatique, o\u00f9 l\u2019image et le silence parlaient plus fort que les mots.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme il n\u2019\u00e9tait pas sursitaire, il fut appel\u00e9 sous les drapeaux. Il avait d\u00e9cid\u00e9 de passer pour fou pour \u00e9chapper au service militaire. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, il m\u2019\u00e9crivait r\u00e9guli\u00e8rement et me dit que, pour se faire remarquer, il sortit d\u2019une marche de nuit en for\u00eat, compl\u00e8tement nu. Tout le bataillon a d\u00fb chercher le fusil qu\u2019il avait perdu, qui co\u00fbtait cher. \u00c0 la suite de \u00e7a, il fut affect\u00e9 au bureau du colonel de la garnison, dans lequel il trouva des documents confidentiels, en fut des photocopies, et les envoya aux gens de la ville. Ces derniers, bien s\u00fbr, les rapport\u00e8rent \u00e0 la caserne. L\u2019arm\u00e9e ne plaisantait pas. Il fut jug\u00e9 en cours martial, et au moment de se pr\u00e9senter durant l\u2019audience, il s\u2019\u00e9tala de tout son long, se mit \u00e0 genoux, et dit \u00ab J\u2019ai faut\u00e9, punissez-moi! \u00bb. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que l\u2019arm\u00e9e l\u2019envoya en h\u00f4pital psychiatrique, o\u00f9 il resta plusieurs mois. Pendant ce s\u00e9jour, Bien avant le film \u00ab Vol au dessus d\u2019un Nid de Coucou \u00bb, il \u00e9crit un sc\u00e9nario de 400 pages intitul\u00e9 \u00ab Bruits d\u2019Asile \u00bb, o\u00f9 les patients prennent le contr\u00f4le de l\u2019h\u00f4pital et vivent leurs fantaisies. Il cr\u00e9a des personnages tels que le Baron D\u00e9gueulos et son chien Vomos.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gr\u00e2ce \u00e0 son cousin \u202aDenis Llorca, qui \u00e9tait connu dans le milieu du th\u00e9\u00e2tre, il fr\u00e9quenta longtemps le th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Ouest parisien dans lequel il tenait des r\u00f4les de hallebardier de pi\u00e8ces interminables comme celles de Mauriac. \u00c0 fr\u00e9quenter le milieu du th\u00e9\u00e2tre, il obtient de devenir stagiaire, puis assistant monteur dans les studios de Boulogne. Se fait pour lui, une aire de jeux dans laquelle il \u00e9tait comme un poisson dans l\u2019eau. Son genre de blague, par exemple, \u00e9tait d\u2019aller piquer les dessous de la star Raquel Welsh pour en faire un troph\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bernard \u00e9tait un c\u0153ur d\u2019or, d\u2019une gentillesse et une tol\u00e9rance quasiment christique, jamais je ne l\u2019ai vu avoir de la haine ou du ressentiment pour qui que ce soit. Il avait une pr\u00e9sence calmante et g\u00e9n\u00e9reuse qui faisait qu\u2019on \u00e9tait bien avec lui. M\u00eame dans le travail, et si techniquement il pouvait manquer de s\u00e9rieux, le fait d\u2019\u00eatre avec lui rendait ce travail plus int\u00e9ressant et plus r\u00e9ussi. Tout le monde, M et Bernard et Bernard aim\u00e9 tout le monde.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bernard \u00e9tait un personnage singulier, de ceux qu\u2019on ne rencontre qu\u2019une fois dans une vie. 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