{"id":822,"date":"1973-07-04T00:53:00","date_gmt":"1973-07-03T23:53:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.schultz-touge.com\/blogfiction\/?p=822"},"modified":"2026-07-07T01:37:33","modified_gmt":"2026-07-06T23:37:33","slug":"county-jail-blues","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.schultz-touge.com\/blogfiction\/1973\/07\/04\/county-jail-blues\/","title":{"rendered":"County jail Blues.`"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je venais d&rsquo;abandonner, \u00e0 Oakland, notre groupe de rock psych\u00e9d\u00e9lique Overland Barbwires. Nous r\u00e9p\u00e9tions devant quelques habitu\u00e9s des quartiers populaires qui r\u00eavaient de devenir les futures vedettes de la c\u00f4te Ouest. Pour ma part, je respirais bien mieux face aux vagues qui venaient mourir au pied des falaises de Pleasure Point, \u00e0 Santa Cruz. La Harbour House accueillait surtout des surfeurs. Les jeunes femmes que l&rsquo;on y rencontrait \u00e9taient peu nombreuses. Les unes faisaient partie du petit monde des habitu\u00e9s de la plage, les autres n&rsquo;\u00e9taient que de passage. C&rsquo;est l\u00e0 que je fis la connaissance d&rsquo;Amy. Elle \u00e9tait belle, portait de longs cheveux naturellement boucl\u00e9s et laissait derri\u00e8re elle un l\u00e9ger parfum de framboise. Santa Cruz formait alors deux villes presque \u00e9trang\u00e8res l&rsquo;une \u00e0 l&rsquo;autre. Au sud du port s&rsquo;\u00e9tendait le royaume des surfeurs, avec ses longues plages, ses bars d\u00e9contract\u00e9s et ses salles de concert comme le Catalyst. De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du Boardwalk commen\u00e7ait le territoire des motards. La c\u00e9l\u00e8bre promenade en bois, sa f\u00eate foraine permanente et son immense jet\u00e9e attiraient les clubs de Harley venus de toute la Californie. Les Hells Angels, install\u00e9s plus au nord, vers Santa Rosa, y faisaient souvent halte. Les grands jours, deux ou trois cents motos \u00e9taient align\u00e9es le long du boulevard qui suivait le rivage. J&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9 une nuit chez Amy. Son lit \u00e0 eau, dont on vantait tant les qualit\u00e9s, m&rsquo;avait surtout emp\u00each\u00e9 de trouver le sommeil. Elle \u00e9tudiait la sant\u00e9 et le sport, lisait beaucoup et se distinguait par une culture peu commune parmi les jeunes femmes qui fr\u00e9quentaient la Harbour House.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un soir, vers une heure du matin, apr\u00e8s plusieurs bi\u00e8res et quelques bouff\u00e9es d&rsquo;herbe, je lui t\u00e9l\u00e9phonai pour lui demander si je pouvais venir la voir. Elle accepta aussit\u00f4t. Il me fallait traverser toute la ville jusqu&rsquo;au quartier o\u00f9 elle habitait, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du Boardwalk. Depuis plusieurs semaines, une Volkswagen orange presque neuve demeurait stationn\u00e9e dans l&rsquo;all\u00e9e de la Harbour House. Les cl\u00e9s \u00e9taient rest\u00e9es sur le contact et chacun, par curiosit\u00e9, avait essay\u00e9 de la faire d\u00e9marrer. En vain. Son distributeur d&rsquo;allumage avait disparu. J&rsquo;en trouvai un sur une autre Coccinelle gar\u00e9e dans une rue voisine, l&rsquo;installai rapidement, puis pris la route. Les rues \u00e9taient d\u00e9sertes. En acc\u00e9l\u00e9rant pour traverser un carrefour, je ne remarquai pas un panneau Stop. Aussit\u00f4t, une sir\u00e8ne retentit derri\u00e8re moi. Je m&rsquo;arr\u00eatai, le c\u0153ur serr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Sortez imm\u00e9diatement de votre v\u00e9hicule !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;ordre venait d&rsquo;un haut-parleur. Dans le silence de la nuit, je distinguai un policier qui me tenait en joue avec un \u00e9norme revolver. Je descendis lentement, les mains lev\u00e9es. \u00c0 peine avais-je pos\u00e9 les pieds sur le sol que deux agents me pass\u00e8rent les menottes dans le dos.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Qu&rsquo;ai-je donc fait ? demandai-je.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;un d&rsquo;eux r\u00e9pondit simplement :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Grand Theft Auto.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne compris pas ces mots. Je r\u00e9p\u00e9tai ma question.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Cette voiture est d\u00e9clar\u00e9e vol\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 cet instant seulement, je compris la gravit\u00e9 de la situation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La nuit s&rsquo;acheva dans une \u00e9troite cellule du commissariat o\u00f9 je demeurai seul jusqu&rsquo;au lever du jour. Le lendemain matin, on me transf\u00e9ra \u00e0 la County Jail, la prison pr\u00e9ventive o\u00f9 \u00e9taient rassembl\u00e9s ceux qui attendaient de compara\u00eetre devant le juge. Les d\u00e9tenus appelaient cet endroit le \u00ab Tank \u00bb. Il se composait d&rsquo;une vaste salle divis\u00e9e en plusieurs compartiments grillag\u00e9s. Chaque cage renfermait deux lits superpos\u00e9s qui occupaient presque tout l&rsquo;espace disponible, et, lorsque la nuit tombait, une lourde grille venait enfermer l&rsquo;ensemble des cellules. J&rsquo;eus pour compagnon un minuscule Chicano au visage gr\u00eal\u00e9, dont les cheveux semblaient commencer juste au-dessus des sourcils. Il se pr\u00e9senta sous le nom de Lobo et m&rsquo;annon\u00e7a avec un demi-sourire qu&rsquo;il \u00e9tait emprisonn\u00e9 pour homicide. Puis il ajouta aussit\u00f4t : \u00ab Enfin\u2026 c&rsquo;est ce qu&rsquo;ils pr\u00e9tendent. \u00bb Il \u00e9tait difficile de savoir s&rsquo;il plaisantait ou s&rsquo;il disait la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La plupart des autres d\u00e9tenus inspiraient beaucoup moins confiance. C&rsquo;\u00e9taient d&rsquo;immenses gaillards aux bras couverts de tatouages, dont le regard suffisait \u00e0 d\u00e9courager toute conversation inutile. Pour tromper l&rsquo;ennui, ils avaient choisi un souffre-douleur : un jeune homme malingre qu&rsquo;ils obligeaient \u00e0 tourner \u00e0 cloche-pied autour de la lourde table de fer fix\u00e9e au milieu de la pi\u00e8ce. \u00c0 chaque passage, l&rsquo;un d&rsquo;eux lui administrait un vigoureux coup de pied aux fesses sous les \u00e9clats de rire des autres. Son tort \u00e9tait d&rsquo;avoir pr\u00e9tendu appartenir \u00e0 un club de motards. Lorsque les v\u00e9ritables bikers lui avaient demand\u00e9 comment on d\u00e9montait un moteur Harley, il s&rsquo;\u00e9tait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 incapable de r\u00e9pondre. Son mensonge lui valait d\u00e9sormais cette humiliation quotidienne. Quant \u00e0 moi, lorsque l&rsquo;on me demanda ce que je faisais dans la vie, je r\u00e9pondis simplement que j&rsquo;\u00e9tais surfeur. Cette d\u00e9claration changea aussit\u00f4t l&rsquo;attitude d&rsquo;un colosse qui, jusque-l\u00e0, faisait fondre des brosses \u00e0 dents pour fabriquer ce que les prisonniers appelaient un \u00ab chive \u00bb, un couteau improvis\u00e9. Il me montra avec une certaine fiert\u00e9 les profondes cicatrices qui balafraient ses mollets, souvenirs des r\u00e9cifs de corail sur lesquels il s&rsquo;\u00e9tait ouvert la peau en surfant sur les vagues d&rsquo;Hawa\u00ef. Ce simple d\u00e9tail suffisait \u00e0 \u00e9tablir entre nous une forme de fraternit\u00e9 silencieuse que les autres respect\u00e8rent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chaque apr\u00e8s-midi, un t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 pi\u00e8ces \u00e9tait install\u00e9 derri\u00e8re les barreaux afin que les d\u00e9tenus puissent appeler leurs proches. Je n&rsquo;avais naturellement pas le moindre cent dans mes poches. Alors que je contemplais mon gobelet en carton vide, j&rsquo;y d\u00e9couvris pourtant une pi\u00e8ce de dix cents. Le grand surfeur me fit discr\u00e8tement signe qu&rsquo;elle venait de lui. Gr\u00e2ce \u00e0 ce geste de solidarit\u00e9, je pus joindre Georges. Il \u00e9couta mon r\u00e9cit sans m&rsquo;interrompre et conclut simplement qu&rsquo;il allait s&rsquo;occuper de tout. Cette phrase, prononc\u00e9e avec calme, fut le premier v\u00e9ritable r\u00e9confort que j&rsquo;\u00e9prouvai depuis mon arrestation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le deuxi\u00e8me jour s&rsquo;\u00e9coula lentement. Apr\u00e8s une soir\u00e9e pass\u00e9e \u00e0 jouer au poker avec quelques d\u00e9tenus, chacun regagna sa petite cellule lorsque la lourde herse m\u00e9tallique fut referm\u00e9e pour la nuit. J&rsquo;\u00e9tais de plus en plus convaincu que personne ne viendrait me chercher lorsque, le lendemain apr\u00e8s-midi, un gardien ouvrit brusquement la grille et m&rsquo;ordonna de le suivre. Quelle ne fut pas ma surprise en d\u00e9couvrant, dans le bureau des lib\u00e9rations, Mike Vaz. C&rsquo;\u00e9tait le surfeur que j&rsquo;avait rencontr\u00e9 quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t sur les plages de Biarritz et qui \u00e9tait ma raison d&rsquo;atterrir  \u00e0 Santa Cruz. C&rsquo;\u00e9tait lui qui venait de payer ma caution. Il m&rsquo;expliqua que tous les pensionnaires de la Harbour House avaient particip\u00e9 \u00e0 une collecte afin de r\u00e9unir les deux cents dollars exig\u00e9s par le bail bond. Lui seul, cependant, avait accept\u00e9 de se porter garant, car il \u00e9tait le seul du groupe \u00e0 poss\u00e9der un emploi stable dans une conserverie. Ce geste me toucha profond\u00e9ment. Une fois encore, je constatai que, chez les surfeurs, la solidarit\u00e9 n&rsquo;\u00e9tait pas un vain mot.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant les deux semaines qui suivirent, je v\u00e9cus presque continuellement sur la route. Je faisais l&rsquo;aller-retour en auto-stop entre San Francisco et Santa Cruz afin de pr\u00e9parer mon proc\u00e8s. Il fallait retrouver ceux qui avaient vu cette Volkswagen orange stationner depuis des semaines dans l&rsquo;all\u00e9e de la Harbour House et qui pourraient t\u00e9moigner qu&rsquo;elle semblait abandonn\u00e9e. Avec le recul, je finirai par penser qu&rsquo;il s&rsquo;agissait probablement d&rsquo;une fraude \u00e0 l&rsquo;assurance mont\u00e9e entre Findlay, le seul mauvais gar\u00e7on de la maison et le propri\u00e9taire de la voiture, lequel se pr\u00e9senta d&rsquo;ailleurs au tribunal avec un air embarrass\u00e9 qui ne passa pas inaper\u00e7u. Pendant ce temps, Georges mobilisait toutes les relations qu&rsquo;il avait su se cr\u00e9er dans les milieux artistiques de San Francisco. Il r\u00e9alisait alors des cartes de v\u0153ux et des brochures publicitaires pour Michael Stepanian, un grand homme aux cheveux fris\u00e9s et \u00e0 l&rsquo;\u00e9paisse moustache, fondateur du cabinet d&rsquo;avocats qui portait son nom. L&rsquo;homme s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 acquis une solide r\u00e9putation en Californie. Il travaillait notamment pour plusieurs personnalit\u00e9s politiques et avait publi\u00e9 un ouvrage devenu c\u00e9l\u00e8bre expliquant comment assurer sa d\u00e9fense lorsqu&rsquo;on \u00e9tait poursuivi pour consommation de marijuana. Gr\u00e2ce \u00e0 Georges, je pus le rencontrer dans son cabinet.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je lui racontai toute l&rsquo;affaire avec une ardeur qui me faisait presque perdre le fil de mon r\u00e9cit. Je voulais \u00e0 tout prix lui d\u00e9montrer que je n&rsquo;\u00e9tais pas un voleur. Je lui expliquai que cette voiture \u00e9tait rest\u00e9e des semaines sans bouger, que les cl\u00e9s \u00e9taient toujours sur le contact, que je ne souhaitais que traverser la ville pour rejoindre une jeune femme et que, ce soir-l\u00e0, j&rsquo;avais sans doute un peu trop bu. Je r\u00e9p\u00e9tai plusieurs fois que je n&rsquo;\u00e9tais pas un criminel. Plus je m&rsquo;effor\u00e7ais de convaincre mon avocat de mon innocence, plus je m&#8217;emportais, allant jusqu&rsquo;\u00e0 lui expliquer que, si j&rsquo;avais vraiment voulu gagner de l&rsquo;argent malhonn\u00eatement, il m&rsquo;aurait \u00e9t\u00e9 bien plus facile de rapporter quelques kilos de haschisch du Maroc que de voler une automobile dont je n&rsquo;aurais d&rsquo;ailleurs su que faire. Michael Stepanian m&rsquo;\u00e9couta sans jamais perdre son calme. \u00c0 plusieurs reprises, il leva simplement la main en souriant et pronon\u00e7a un seul mot : \u00ab Relax. \u00bb Comme je poursuivais mon plaidoyer avec toujours plus de v\u00e9h\u00e9mence, il finit par me lancer un \u00ab Relax ! \u00bb beaucoup plus sonore qui nous fit \u00e9clater de rire tous les deux. Ce fut \u00e0 cet instant que je compris qu&rsquo;il avait parfaitement saisi ma situation depuis les premi\u00e8res minutes et qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait nullement inquiet pour l&rsquo;issue du proc\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mes quelques relations dans la soci\u00e9t\u00e9 boh\u00e8me de San Francisco m&rsquo;avaient ouvert la porte d&rsquo;un excellent avocat, mais je savais bien que je devais ma libert\u00e9 provisoire aux surfeurs de Santa Cruz. Sans leur solidarit\u00e9, je serais probablement rest\u00e9 en prison dans l&rsquo;attente de mon jugement, incapable de r\u00e9unir la somme n\u00e9cessaire \u00e0 ma caution. Quelques jours plus tard, l&rsquo;officier charg\u00e9 de mon dossier me fit appeler. Il m&rsquo;annon\u00e7a qu&rsquo;une intervention avait jou\u00e9 en ma faveur et que l&rsquo;accusation de <em>Grand Theft Auto<\/em> \u00e9tait abandonn\u00e9e. Elle \u00e9tait remplac\u00e9e par celle de <em>Joy Riding<\/em>, expression am\u00e9ricaine d\u00e9signant l&rsquo;utilisation d&rsquo;une voiture sans intention r\u00e9elle de la voler, comme le ferait un adolescent empruntant celle de ses parents pour une promenade clandestine. La diff\u00e9rence \u00e9tait immense. La premi\u00e8re accusation constituait un crime grave passible d&rsquo;une lourde peine de prison ; la seconde n&rsquo;entra\u00eenait qu&rsquo;une simple condamnation pour d\u00e9lit mineur. Je fus condamn\u00e9 \u00e0 une amende de deux cents dollars ou, \u00e0 d\u00e9faut de pouvoir la payer, \u00e0 deux jours de d\u00e9tention. Comme je n&rsquo;avais pas le moindre billet en poche, j&rsquo;optai naturellement pour la prison.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le samedi soir, on me conduisit dans une ferme p\u00e9nitentiaire situ\u00e9e \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de la ville. L&rsquo;endroit ressemblait davantage \u00e0 un vaste dortoir abandonn\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 une v\u00e9ritable prison. Nous n&rsquo;\u00e9tions que quelques d\u00e9tenus \u00e0 y passer la nuit, sous la surveillance plut\u00f4t distraite des gardiens. Le lendemain matin, avant de nous rendre notre libert\u00e9, on me demanda de laver une voiture de police. Sur sa plaque d&rsquo;immatriculation, quelqu&rsquo;un avait peint un grand signe de paix. Le policier qui me surveillait d\u00e9signa le dessin d&rsquo;un air goguenard et me lan\u00e7a : \u00ab Voil\u00e0 encore un signe de ces hippies trouillards. \u00bb Je me contentai de sourire sans r\u00e9pondre. Apr\u00e8s les journ\u00e9es que je venais de vivre, il me semblait plus prudent de garder mes r\u00e9flexions pour moi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette aventure mettait un terme d\u00e9finitif \u00e0 mes ambitions musicales avec Overland Barbwires. Apr\u00e8s ces semaines pass\u00e9es entre les cellules, les bureaux d&rsquo;avocats et les allers-retours en auto-stop, je n&rsquo;avais plus ni l&rsquo;envie ni les moyens de reprendre ma place dans le groupe. Il me fallait d\u00e9sormais choisir une autre direction. Je poss\u00e9dais encore ma Fender Jazz, un bel instrument auquel je tenais beaucoup, mais je savais qu&rsquo;elle ne correspondait plus \u00e0 la musique qui commen\u00e7ait \u00e0 m&rsquo;attirer. Je me rendis donc dans une grande boutique de musique de Berkeley o\u00f9, apr\u00e8s une longue discussion avec le vendeur, nous concl\u00fbmes un \u00e9change qui me parut avantageux. Je laissai la Fender contre une imposante guitare acoustique Favilla, construite \u00e0 New York par le vieux luthier Herb Favilla, et j&rsquo;obtins en plus cent cinquante dollars. L&rsquo;instrument avait une caisse profonde qui d\u00e9veloppait une sonorit\u00e9 puissante, presque orchestrale. D\u00e8s les premiers accords, je compris que cette guitare m&rsquo;ouvrirait un univers bien diff\u00e9rent de celui du rock \u00e9lectrique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me plongeai alors dans l&rsquo;\u00e9tude du finger-picking, cette mani\u00e8re de jouer o\u00f9 chaque doigt m\u00e8ne sa propre m\u00e9lodie tout en accompagnant les autres. Le musicien qui me fascinait le plus \u00e9tait Mike Wilhelm, guitariste des Charlatans de San Francisco. Jerry Garcia lui-m\u00eame reconnaissait volontiers qu&rsquo;il aurait aim\u00e9 poss\u00e9der une technique semblable. J&rsquo;\u00e9coutais inlassablement leurs disques, observant chaque mouvement de la main droite lorsque j&rsquo;avais la chance d&rsquo;assister \u00e0 un concert, puis je passais des heures \u00e0 tenter de reproduire ces encha\u00eenements d\u00e9licats. Peu \u00e0 peu, je d\u00e9couvris que cette musique convenait mieux \u00e0 mon temp\u00e9rament. Elle demandait moins de puissance que de pr\u00e9cision, moins de d\u00e9monstration que de sensibilit\u00e9. Les longues soir\u00e9es pass\u00e9es \u00e0 travailler seul me procuraient un plaisir nouveau, bien \u00e9loign\u00e9 de l&rsquo;agitation des groupes de rock o\u00f9 chacun cherchait \u00e0 couvrir les autres.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je venais d&rsquo;abandonner, \u00e0 Oakland, notre groupe de rock psych\u00e9d\u00e9lique Overland Barbwires. 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