{"id":87,"date":"2026-05-04T17:51:29","date_gmt":"2026-05-04T15:51:29","guid":{"rendered":"https:\/\/www.schultz-touge.com\/blogfiction\/?p=87"},"modified":"2026-05-04T17:56:27","modified_gmt":"2026-05-04T15:56:27","slug":"ma-vie-pleine-de-trous","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.schultz-touge.com\/blogfiction\/2026\/05\/04\/ma-vie-pleine-de-trous\/","title":{"rendered":"Ma vie, pleine de trous"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a><\/a><a>Il y avait, dans la cour grise de l\u2019\u00e9cole primaire de Boulogne-Billancourt, une vanne qui revenait souvent, lanc\u00e9e \u00e0 la vol\u00e9e pour couper court aux confidences :<br><strong>\u00ab Raconte pas ta vie, elle est pleine de trous. \u00bb<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019o\u00f9 les enfants tiraient-ils cette phrase ? Peut-\u00eatre d\u2019un fr\u00e8re a\u00een\u00e9, d\u2019un sketch entendu \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, ou d\u2019un \u00e9clat de sagesse populaire qui tra\u00eene dans les cours d\u2019immeuble comme une feuille morte. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, je ne faisais pas attention. Mais aujourd\u2019hui, alors que je m\u2019essaie \u00e0 reconstituer les fragments de mon pass\u00e9, cette phrase me revient, cruelle et juste. Ma vie, oui\u2026 elle est pleine de trous.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des br\u00e8ches, des silences, des souvenirs fuyants comme des ombres mal fix\u00e9es sur une vieille pellicule. Ce n\u2019est pas tant l\u2019oubli qui me trouble, mais ce qui persiste malgr\u00e9 lui. Des images intactes, cisel\u00e9es dans le marbre de la m\u00e9moire, et tout autour, le vide.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je crois que l\u2019un de mes tout premiers souvenirs, c\u2019est la naissance de mon petit fr\u00e8re. Ma m\u00e8re me faisait signe de ne pas faire de bruit, le doigt sur les l\u00e8vres, en d\u00e9signant le landau recouvert d\u2019un voile blanc. J\u2019\u00e9tais petit, deux ans peut-\u00eatre, pas plus. Le monde \u00e9tait feutr\u00e9, comme si l\u2019on marchait dans une \u00e9glise ou une aube pleine de myst\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plus tard, je me revois empruntant le chemin de l\u2019\u00e9cole, traversant des terrains vagues o\u00f9 poussaient des herbes folles et des tours en b\u00e9ton, encore d\u00e9nud\u00e9es de leur cr\u00e9pi, surgissaient comme des promesses inachev\u00e9es. Il y avait une petite \u00e9picerie, sombre et \u00e9troite, qui sentait le sucre et le carton. On y vendait des d\u00e9bits de boisson \u00e0 la louche, des Mistral Gagnant en sachet froiss\u00e9, des roudoudous coll\u00e9s \u00e0 leur coquille de plastique. On jouait aux billes pendant les r\u00e9cr\u00e9ations, avec s\u00e9rieux, comme si notre honneur en d\u00e9pendait. Les \u00ab terres \u00bb, les \u00ab agathes \u00bb, les \u00ab billes d\u2019eau \u00bb \u2013 celles-l\u00e0, allez savoir pourquoi, \u00e9taient bannies du grand jeu du soldat Mokarex.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et je me dis que Pagnol avait raison : les souvenirs les plus anciens sont ceux qui tiennent le mieux, comme les vieilles pierres d\u2019un village oubli\u00e9. Les ann\u00e9es passent, emportent les noms, les visages, les adresses. Mais certaines images r\u00e9sistent, accroch\u00e9es quelque part dans les replis du c\u0153ur, avec l\u2019obstination d\u2019un r\u00eave dont on ne veut pas se r\u00e9veiller.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Oui, ma vie est pleine de trous. Mais entre les trous, il y a des \u00e9clats. Et ces \u00e9clats valent bien les pages manquantes?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y avait, dans la cour grise de l\u2019\u00e9cole primaire de Boulogne-Billancourt, une vanne qui revenait souvent, lanc\u00e9e \u00e0 la vol\u00e9e pour couper court aux confidences :\u00ab Raconte pas ta [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":90,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-87","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.schultz-touge.com\/blogfiction\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/87","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.schultz-touge.com\/blogfiction\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.schultz-touge.com\/blogfiction\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.schultz-touge.com\/blogfiction\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.schultz-touge.com\/blogfiction\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=87"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.schultz-touge.com\/blogfiction\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/87\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":88,"href":"https:\/\/www.schultz-touge.com\/blogfiction\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/87\/revisions\/88"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.schultz-touge.com\/blogfiction\/wp-json\/wp\/v2\/media\/90"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.schultz-touge.com\/blogfiction\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=87"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.schultz-touge.com\/blogfiction\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=87"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.schultz-touge.com\/blogfiction\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=87"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}