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« Rien de plus fragile que la faculté humaine d’admettre la réalité, d’accepter sans réserves l’impérieuse prérogative du réel. […] Le réel n’est généralement admis que sous certaines conditions et seulement jusqu’à un certain point : s’il abuse et se montre déplaisant, la tolérance est suspendue. Un arrêt de perception met alors la conscience à l’abri de tout spectacle indésirable. Quant au réel, s’il insiste et tient absolument à être perçu, il pourra toujours aller se faire voir ailleurs.» Clément Rosset

Une chasse au trésor

En avril 1945, une unité de l’armée de Tchécoslovaquie du général Schoerner s’affaire à la hâte et dans le plus grand secret pour cacher le butin de guerre des Nazis. En février 1946, un raid des forces spéciales américaines prend le risque de pénétrer sur le territoire contrôlé par les Soviétiques pour récupérer près de Prague trente-trois coffres de documents Nazi. Un rapport des renseignements de l’armée récemment découvert dans les archives de l’USFET (U.S Forces European Theater) de College Park, Maryland, révèle que trois cents autres coffres sont toujours enfouis protégés par un système d’explosifs. En automne 2002, une expédition comprenant plusieurs survivants du raid américain et un ancien officier Nazi vont essayer de lever le voile sur l’un des derniers mystères de la deuxième guerre mondiale.

En mai 1990, juste après la révolution de velours en Tchécoslovaquie, alors que de retour des USA où il a émigré en 1968 Jaroslav Sveceny revient à Prague pour un reportage pour la télévision américaine, un journaliste Tchèque le présente à deux anciens agents communistes qui lui font une offre surprenante – le conduire avec sa caméra sur plusieurs sites supposés renfermer des archives secrètes et le trésor de guerre des Nazis.

Les deux agents ne demandent pas d’argent, leurs raisons sont plus subtiles. Ils veulent que mon tournage serve à prouver leur bonne foi dans leur intention de remettre tout ce qu’ils trouveront au nouveau gouvernement Tchèque. Ils pensent que la prime de 10\% garantie par la loi Tchèque aux inventeurs de trésors sera une récompense suffisante pour leur peine.

Grâce à ses contacts locaux Sveceny est en mesure de déterminer que l’un des agents (nous l’appellerons Monsieur. M.C) était jusqu’à sa révocation en 1989 un Major des forces de la sécurité Tchèque. Il était le principal responsable d’une unité spéciale affectée à la recherche des Antiquités volées par Hitler durant la deuxième guerre mondiale. L’autre agent (Monsieur. Z.H) était un expert en explosifs tchèques connus dans les milieux militaires pour avoir inventé un explosif plastic très sophistiqué nommé SEMTEX. Une arme redoutable utilisée notamment par l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) dans ses attaques de cibles militaires et civiles.

Pour valider leur légitimité, Sveceny accepte, quelques jours plus tard, leur invitation à les suivre jusqu’au petit village de Zakupy situé dans la partie nord du pays. Après une longue journée de travaux d’excavation, ils mettent à jour l’entrée d’une crypte.

Après avoir descendu une vingtaine de marches dans les effluves des quelques centimètres d’eau nauséabonde qui a envahie la salle, une vue à couper le souffle s’offre à eux. Posés sur un piédestal de pierre se trouvent deux catafalques médiévaux richement décorés. Des couronnes régaliennes montées sur le couvercle des cercueils attestent de leur origine aristocratique. Des squelettes sculptés et des os en croix sont montés à l’autre extrémité. Le nom inscrit sur la plaque de cuivre est celui de l’Archi Duchesse italienne du XVIII siècle, Maria Francesca de Toscane (1672-1741). Son premier mari, Philip Wilhelm de Faltz et Neuburg, est allongé dans un cercueil à côté du sien. Des pierres précieuses, des symboles gravés et des anges gardiens de la mort décorent de façon ornementale les bières conservées presque intactes.

Espérant que cette trouvaille magnifique les conduira à d’autres découvertes, Jaroslav décide d’accepter l’offre des mystérieux agents de filmer leur projet de voyage dans le passé des Nazis.

POURQUOI LE TRÉSOR EST-IL CACHÉ ICI ?

En avril 1945, la partie occidentale de la Tchécoslovaquie est le champ de bataille de la Deuxième Guerre Mondiale.L’armée Allemande forte d’un million d’hommes sous le commandement du général Schoener est encore fraîche et bien équipée. Craignant d’être maltraité ils se laissent capturer par l’Armée Rouge commandée par le Maréchal Konev, les forces allemandes se mettent en mouvement pour aller se rendre aux Américains.

En dépit de la défaite imminente, des membres du cercle des proches de Hitler, Borman et Miller, élaborent des plans pour sauver ce qui reste de l’empire en ruine dans l’espoir qu’un jour, le Troisième Reich pourra renaître de ses cendres. Des archives top secrètes et les trésors artistiques volés qui sont entassés à la Chancellerie de Hitler sont alors évacués à la hâte de Berlin sous la protection de l’armée du Général Schoener.

La direction des opérations est confiée à Otto Skorzeny, l’un des meilleurs officiers de renseignement de Hitler. Il a par le passé prouvé son efficacité en orchestrant le sauvetage très risqué de Mussolini en 1944. La mission de Skorzerny est d’acheminer sous haute surveillance sa cargaison à travers la Bohême vers sa destination finale, le Triangle Alpin Autrichien, et si nécessaire vers l’Argentine de Juan Peron. Skorzeny est responsable des 540 coffres contenant un assortiment d’objets en or, d’oeuvres d’art et de documents d’archives provenant de l’Institut Kaiser portant sur les programmes d’armes atomiques et biochimiques des Nazis. Quelques 450 de ces coffres passent la frontière tchécoslovaque en train pour rejoindre la capitale du pays. Malgré la sévère pénurie d’essence, les 90 coffres restants sont finalement acheminés jusqu’à Prague à bord de bombardiers Junker.

Au début du mois d’avril 1945 les principaux axes routiers et les chemins de fer de la majeure partie du centre et du sud-est de la Tchécoslovaquie sont la cible des attaques des 8e, 9e et 15e divisions aéroportées de l’armée des Etats-Unis. Le 18 avril, les troupes alliées parviennent à prendre le contrôle de l’Autriche et traversent la frontière Tchèque.

Un document authentifié par les services de l’armée U.S nous apprend que le 21 avril 1945, le Commandant Suprême des armées d’occupation de la Tchécoslovaquie, K. H. Frank, reçoit un télégramme du quartier général de Berlin lui demandant de dérouter sa cargaison vers la frontière Autrichienne.

Situé à quelque 50 kilomètres de Prague, le petit village calme et isolé de Stechovice est devenu entre 1943 et 1945 un camp d’entraînement de l’Ecole d’Ingénieurs en Armement de la division SS dirigé par l’Oberfuhrer Emil Klein, un vétéran blessé lors de la campagne de Russie. Un camp de concentration a été installé dans les environs afin de fournir la main-d’oeuvre nécessaire au percement des tunnels et à la construction des bunkers et le commandant Frank viendra durant cette période le visiter à plusieurs reprises. Le 22 avril 1945, il rencontre Emil Klein au Czermin Palace à Prague et lui ordonne de transporter à Stechovice les coffres qui sont provisoirement stockés dans les grandes caves de l’hôtel palace.Un témoignage du domestique personnel du commandant Frank confirme qu’au moins 56 coffres ont été transportés de la base SS du château de Konopiste à un croisement de routes près de Stechovice.

LA DECOUVERTE DES AMERICAINS

En février 1946, alors que la Tchécoslovaquie tombe par inadvertance dans l’anonymat des pays Soviétiques satellites, la Mission de Contrôle du Commandement Militaire Américain en Allemagne (USPET) détache une unité spéciale des services secrets pour une mission risquée sur le territoire occupé par les Soviétiques près de Prague.

Cette opération est dirigée par le Capitaine Stephen M. Richards, le meilleur des experts en explosifs de l’armée U.S et Gunter Aschenbach, un officier SS capturé, que les Américains ont découvert en France dans un camp de prisonniers de guerre à Mulhouse et qui avait admis durant un interrogatoire avoir supervisé la construction de bunkers souterrains à Stechovice.

Dix américains et deux officiers des services de renseignements français arrivent de Nuremberg le 10 février. Grâce à l’aide du Major Charles Katek, chef de la Mission Militaire américaine à Prague, ils obtiennent l’autorisation d’entrer en Tchécoslovaquie pour deux semaines sous le prétexte de retrouver le corps d’un pilote américain abattu au-dessus de Stechovice.

[Durant l’opération éclair, qui a lieu en 36 heures entre le 11 et le 12 février, le commando guidé par Aschenbach réussit à trouver l’un des bunkers. Les coffres mesuraient approximativement 100 x 80 x 70 cm et chacun d’eux pesait un minimum de 150 kg. Des photographies nous montrent les membres de l’unité spéciale transportant de lourdes caisses de bois hors d’un bunker couvert de neige, les chargeant dans des camions en attente avec des démineurs inspectant le sol.

Lorsque, la nuit qui suit l’opération, trois des officiers sont arrêtés par la police tchèque à l’hôtel Alcron à Prague alors que les coffres sont déjà en sécurité en Allemagne dans la zone d’occupation américaine. Les trois officiers américains sont gardés prisonnier jusqu’au 3 mars. Un scandale public orchestré par les violentes protestations du gouvernement tchèque oblige les alliés à renvoyer les coffres à Prague.

Lionel S.B Shapiro un correspondant du journal North American Newspaper Alliance (NANA) est le seul civil a y avoir participé. Il écrit que parmi le matériel retrouvé les Américains y découvrirent le journal personnel de K.H. Frank (1940-1945), des rapports de la Gestapo sur la même période, une liste de 60 à 70 000 collaborateurs Tchèques. Des indications sur les mesures de sécurité que les Allemands avaient utilisé pour l’opération et un inventaire complet de toutes les Antiquités importantes et du trésor de l’état Tchèque, y compris les bijoux de la couronne des Rois Tchèques. On pense que c’est les documents les plus précieux sont restés dans les mains des Américains.

En 1946, seul Gunther Aschenbach et Emil Klein est en mesure de fournir des informations pouvant mener à la découverte des coffres restants. Tous les autres témoins possibles de l’opération : le personnel SS et les prisonniers du camp de concentration ayant probablement été éliminés.

Fin 1945, le gouvernement Tchécoslovaque crée une unité d’investigation spéciale, sous la direction du Général Ecer, qui est chargée de la recherche des criminels de guerre et des trésors volés sur le territoire de la Tchécoslovaquie. Pour l’Armée Rouge, le NKVD (prédécesseur du KGB) et les services de renseignement de l’armée concentrent leurs recherches sur les régions près des frontières Autrichiennes et Allemandes où ils pensent trouver des objets de valeur que l’armée allemande aurait cachés avant de se rendre aux alliés.

Deux agents du MOSSAD sont appréhendés alors qu’ils surveillaient différents endroits près de la digue de Stechovice en 1950. Israël prétendit que leur mission n’avait pour but que de retrouver les noms des criminels de guerre ayant participés aux atrocités commises contre son peuple, mais l’affaire ne fut jamais vraiment élucidée.

Quand les services de renseignement Tchèques (CIS) parviendront à recruter Werner Tutter, un criminel de guerre prisonnier, pour en faire un agent communiste, celui-ci les averti que si les documents sont retrouvés plusieurs personnalités de premier plan du pouvoir soviétique en place ayant collaboré avec les Nazis seraient impliqués. Cette mise en garde eut pour de freiner les activités de recherche du CIS, la Police Criminelle Fédérale et le Ministère de l’Intérieur. À la fin des années 50 les recherches reprennent enfin sur plus de 25 emplacements suspectés renfermer des documents Nazis avec ou sans valeur sur une liste de sites que l’Allemagne de l’Est a fournis aux autorités Tchèques. Plusieurs équipes entreprennent discrètement les recherches dans les différents secteurs indiqués, mais des conflits intérieurs à l’administration communiste les empêchent d’avoir des résultats probants.

La région de Stechovice reste cependant une priorité de première importance en raison du succès du raid américain de 1946. Emil Klein, condamné après la guerre à vingt ans d’emprisonnement par la cour spéciale de Prague, est la clé du mystère des coffres disparus, et se conduit, selon ses geôliers frustrés comme « un homme de devoir Prussien » et refuse de coopérer malgré que lui soit infligé de sévères turpitudes physiques et psychologiques. Chaque fois qu’il est conduit sous escorte à l’ancien camp d’entraînement des SS, il dessine de faux plans très élaborés des galeries souterraines que lui et ses hommes étaient supposés avoirs construits.

En 1962, un officier du KGB de Vienne donne une piste prometteuse au CIS. Avec un intérêt renouvelé, les interrogatoires de Klein reprennent. Mais Klein qui est maintenant âgé et malade reste silencieux jusqu’à sa libération en décembre 1964. Sa libération coïncide d’ailleurs étrangement avec la découverte de 15 boîtes d’aciers qui gisent au fond du Lac Noir, près de la frontière entre la Tchécoslovaquie et l’Allemagne. Ces boîtes sont remplies de documents où décrivent avec moult détails des tentatives d’assassinat ayant abouties contre plusieurs des dirigeants d’opposition en Europe.

En juin 1968, le réalisateur d’Hollywood John Guillemin décide de filmer à Stechovice l’une des scènes cruciales de son épopée de la deuxième guerre mondiale « Le Pont de Remagen ». Il choisit un endroit à proximité du bunker du raid des commandos américains.Des rumeurs circulent sur la possibilité que cette super production de plusieurs millions de dollars servira de couverture au CIA pour retrouver le trésor des Nazis. Peu après, l’invasion de la Tchécoslovaquie par les forces du Pacte de Varsovie met fin au tournage de façon abrupte ainsi qu’aux théories de complot et qui y était l’entouré et les recherches dans la région de Stechovice sont arrêtées plusieurs années.

En 1975, une équipe d’une douzaine de soldats Tchèques armés de pioches et de pelles, sont amenés à Stechovice et y restent basés de façon permanente sous la supervision du Ministère de l’Intérieur.

Le Château de Konopiste, qui servait de quartier général aux SS pendant la guerre, devient la nouvelle cible du Ministère de l’Intérieur. Peu après la fin de la guerre, des manuscrits médiévaux identifiés comme venant de la Bibliothèque de la Vieille Russie de Kiev, avaient été trouvés éparpillés dans les bois près du château. Le 25 mars 1969, Frantisek Karabina connu pour ses dons de guérisseur organise une cérémonie d’inspiration ésotérique dans le château au terme de laquelle il arrive à la conclusion que l’un des murs ne fait pas partie de la structure originelle du bâtiment. Il prétend que son hyper sensibilité à l’aura des couleurs lui indique que des objets d’art sont cachés derrière les murs de la cave construite quelques décades auparavant. Ses indications sont suivies par les équipes du CIS qui ne savent plus où chercher et sont à l’affût de nouvelles pistes, et lorsque les murs sont démolis plusieurs icônes Russes y sont découvertes.

C’est la police Tchèque qui fit la plus grande des trouvailles.Dans des circonstances dramatiques, ils découvrent une relique de Saint Maur du XII siècle‚ l’une de cinq existant au monde. Cet objet précieux a été enterré par les Beaufort, une famille d’aristocrates ayant collaboré avec les Nazis, dans leur chapelle privée du château de Becov, en mars 1945 après avoir échappé à l’avance de l’Armée Rouge.

En automne 1989, à la fin de l’ère communiste, une équipe de scientifiques américains, prétendant appartenir au Jet Propulsion Laboratory de Pasadena en Californie, en étroite collaboration avec la société Omnipol, le premier exportateur d’armes de Tchécoslovaquie, entreprennent une opération de recherche dans le plus grand secret. Nuit et jour des camions chargés de tonnes de terre quittent le périmètre grillagé et sous haute surveillance des bunkers de Stechovice. L’informateur de Jaroslav Sveceny, Monsieur Z.H a été invité sur le site en tant qu’expert en explosifs mais n’a pu se faire qu’une vague idée des objectifs du chantier. Toutes les activités cessent soudainement quand le gouvernement communiste est renversé et que Vaclav Havel est élu président. L’organisateur principal de cette expédition était le fils du Secrétaire Général du Parti Communiste M. Jakes dès lors en fuite vers l’Allemagne.

Depuis la chute du Mur en 1989, les frontières de la Tchécoslovaquie se sont ouvertes à l’Ouest et de nouveaux chasseurs de trésor font leur apparition. Boris Eltsine le nouveau président de la Russie va même accessoirement relancer les spéculations en annonçant lors d’un voyage en Allemagne qu’il possède des informations exclusives sur le lieu où se trouvent peut-être le plus précieux des trésors de guerre volés à la Russie, « la Chambre d’Ambre ».

UN ENIGMATIQUE AMERICAIN

Le premier des nouveaux arrivants est Helmut Gaensel, 71 ans, originaire des Sudètes, une région à la population majoritairement allemande dans l’ouest de la Tchécoslovaquie d’avant-guerre. Après sa défection au milieu des années soixante, il est devenu citoyen américain et a lancé une compagnie minière basée à Miami pour la prospection de l’or au Nicaragua et en Bolivie.

Selon Gaensel, en 1962 à la suite d’un bref passage en prison, il est approché par les services de renseignement Tchèque (CIS) qui lui proposent une mission pénible mais lucrative. Se faisant passer pour un espion de l’Allemagne de l’Ouest capturé, il doit passer une longue période de temps à Valdice, l’une des prisons les plus dures du pays. Son objectif est de faire connaissance et si possible de devenir l’ami à qui se confiera l’ex-officier SS Emil Klein qui purge dans cette prison sa peine pour crimes de guerre.

Le jeune homme ambigu et ambitieux qu’était Gaensel à l’époque est la dernière chance du CIS pour réussir là où un appareil policier pourtant retors avait échoué et de parvenir à manipuler Klein pour lui faire dire ce qu’il sait sur le secret de Stechovice. Quand Gaensel accepte et que le nom de code « Opéra » est attribué à l’opération, le CIS lui fait suivre deux semaines d’entraînement avant de le conduire à la prison de Valdice.

Gaensel tient ses supérieurs informés à l’occasion de brefs transferts de nuit à Prague, les mois passent mais sa mission ne progresse pas.Bien que Klein semble s’ouvrir à son compatriote anti-communiste, un an passe sans résultat. Gaensel finit par avouer sa vraie identité à Klein qui commence à avoir des doutes sur son compagnon de cellule. Klein fait alors volte face et promet de collaborer contre sa remise en liberté immédiate. À cette époque les Tchèques ont déjà libéré d’autres prisonniers de guerre Allemands et s’en servent comme monnaie d’échange avec l’Allemagne de l’Ouest et Klein était de toute façon déjà considéré comme libérable.

Le CIS envoie Gaensel à Düsseldorf pour rencontrer l’un des contacts de Klein, le Major Von Dresler, le trésorier de l’organisation « Odessa » la filière des anciens Nazis. Sur son initiative et sans autorisation, il reçoit 150 000 DM afin de garantir la liberté de Klein. Ainsi à Noël de l’année 1964, dix-sept ans après son arrestation, Emil Klein sort de prison en homme libre.

Gaensel va voir Klein dans sa nouvelle résidence de Nuremberg au moins trois fois entre 1964-67. Un semblant d’amitié semble alors lier les anciens adversaires. Cela est documenté par les nombreuses lettres chaleureuses qu’ils s’adressent. Le gouvernement de la RDA ayant refusé l’offre de Klein de partir à la recherche du trésor caché, l’ex-officier ayant perdu tout espoir aurait semble-t-il révélé son secret à Gaensel. Jaroslav Klima le chef de cabinet au Ministère de l’intérieur est chargé du dossier Klein. C’est l’un des hommes les plus puissant de la Tchécoslovaquie des années soixantes. Dans une interview récente, il dit considérer l’histoire de Gaensel comme plausible.

William Gaensel disparaît en Amérique du Sud pour une longue période, Emil Klein meurt en 1972.

Gaensel revient briêvement à Prague pendant le « Printemps de Prague » de Dubcek en 1968. Il négocie et obtient en juillet l’accord du gouvernement Tchèque pour commencer l’expédition de Stechovice en septembre. Un mois plus tard, en août 1968, les tanks soviétiques pénètrent dans Prague. Gaensel quitte définitivement sa patrie.

En 1991, plus de trente ans après avoir obtenu de Klein des informations exclusives, qu’un Gaensel fanfaronnant refait son apparition à Stechovice sûr de pouvoir enfin mettre la main sur le trésor. Il amène avec lui une équipe comprenant des extralucides, des chasseurs de trésors professionnels, des géologues, des experts en explosifs et ses investisseurs Hollandais.

Durant les trois premières années de son séjour à Stechovice il établit sa base à l’hôtel « Mandate » et mène une vie de luxe contrastant avec la vie paisible d’un bourg de campagnes. Pour effectuer ses recherches il loue à grands frais une quinzaine d’hectares de terrain à six endroits différents. Certains emplacements sont supposés être simplement des leurres pour tromper les curieux.

Gaensel se plaint amèrement que les habitants de la région l’exploitent à cause de son statut de riche américain. Il accuse la municipalité locale de retarder ses recherches en bloquant l’obtention du permis de construire qui lui permettrait de commencer les excavations. Il est convaincu que les notables du village cherchent un moyen de s’approprier ultérieurement ses découvertes potentielles.

Depuis 1994, lorsque que finalement il reçoit le feu vert des autorités pour son opération, Gaensel annonce à plusieurs reprises par voix de presse que ses recherches sont sur le point d’aboutir. De vastes emplacements de cette petite région de villégiature populaire Tchèque ont été transformés en camp militaire, avec des fils barbelés, des gardes armés et de chiens. Des matériels lourds de forage miniers ont été amenés sur les lieux. Alors que les opérations avancent, la population locale Tchèque est prise d’une fièvre de l’or irraisonnée. À l’occasion de la fête du Thanksgiving, Gaensel en « bon américain » donne des soirées fastueuses auxquelles sont conviées des personnalités du show business, de nombreux journalistes et quelques compétiteurs envieux.

En 1995, quatre ans après son retour dans ce qui est devenu la République Tchèque et deux ans après le commencement de ses excavations, Gaensel est obligé d’admettre que ses prévisions initiales étaient trop « optimistes » et que son aventure risque de prolonger beaucoup plus longtemps. Entre-temps ses investisseurs Hollandais qui étaient venus puis repartis ont rapidement été remplacés par d’autres. L’un d’eux, William « Big Bill » Turner, et un autre, Graham Smith, se présentant comme un banquier d’investissement, ont prit le relais et injecté de nouveaux capitaux dont l’apport est devenu indispensable. À la fin de l’année, les dépenses de l’opération atteignent un montant total de quelque 1.8 million de dollars.

À ce stade, le gouvernement Tchèque fatigué par le flot incessant des requêtes de Gaensel et des nombreuses plaintes, d’activistes de mouvements pour la paix et de sauvegarde de l’environnement ainsi que des victimes de l’holocauste, finit par se débarrasser du dossier en en transférant commodément la responsabilité au niveau municipal. Des informations non vérifiées font état que des tonnes d’explosif armés protègent l’accès des sous-sols qu’il explore et Gaensel est obligé d’engager sous le contrôle du village deux spécialistes en pyrotechnique. De plus en plus souvent il est accosté et menacé de mort par des inconnus qui veulent qu’il abandonne les fouilles

Au printemps 1996, alors que les ouvriers de la compagnie minière de Gaensel nettoient le fond d’un puit de 15 mêtres de profondeur nommé  » Bingo », ils découvrent l’entrée d’un tunnel construit par les Allemands qui part en direction de la digue de Stechovice. Éparpillés sur le sol se trouvent des morceaux de câbles électriques, des détonateurs, une veste d’uniforme SS déchirée, de petites caisses en bois partiellement remplies d’explosifs. Ce n’est pas beaucoup pour justifier trois années de travail acharnées, mais suffisant pour que les « chiens de garde » municipaux arrêtent le chantier pendant plusieurs mois. À l’automne, toujours en « attente », Gaensel me rend visite accompagné de deux hommes âgés qu’il présente à Jaroslav Sveceny comme des amis de ses « années boliviennes ». Un certain M. Carlos Hermandez, avec un fort accent allemand, le questionne sur le coût potentiel de la production d’un long-métrage de fiction basé sur la vie de Gaensel et me demande d’évaluer ses honoraires pour l’écriture du scénario. Leur ayant simplement avoir suggéré qu’il serait peut-être plus sage d’attendre la conclusion de l’aventure, ils repartent pour ne jamais y revenir.

Gaensel passe une partie de l’hiver en Israël en vacances avec ses trois enfants. Il revint à Stechovice au printemps 1997 avec de nouveaux espoirs. Après qu’une émission de la télévision allemande a diffusé un sujet sur sa chasse au trésor en république Tchèque, trois personnes appellent pour dire qu’ils ont vécu a Stechovice à la fin de la guerre. Une téléspectatrice dit qu’elle avait vu les Allemands recouvrir des caisses de goudron près de la crique de Schlemin, non loin de l’un des terrains loués par Gaensel. L’équipe de Gaensel suit immédiatement cette piste et finit par mettre à jour un four que vraisemblablement les militaires utilisaient pour faire fondre des matériaux non solubles à l’eau. Gaensel supposa que les caisses étaient cachées à proximité et reporte l’ensemble de ses efforts de fouille plus près de la crique. De nouveau il est arrêté, cette fois pour des raisons écologiques. Le site de la digue est sur le terrain de prédilection d’une fleur rare appelée Dent de Chien. Gaensel et ses avocats plaident leur cause jusqu’en février 1998.

Le 4 avril 1998, l’attention du public se détourne soudain de Stechovice pour se diriger vers le village peu connu de St. Katherine situé dans la partie occidentale du pays. Peter Haustein, le Maire de Deutscheburg, une petite localité allemande de l’autre coté de la frontière, a présenté à la presse plusieurs documents datant de la guerre qui révèle la trace d’un voyage de mille cinq cent kilomètres pour acheminer à sa destination finale de St. Katherine le plus grand des trésors historiques russe, la Chambre d’Ambre de St.Petersbourg.

Helmut Gaensel ne perd pas de temps et conclu immédiatement un accord avec le village pour commencer une opération de sauvetage aussi vite que possible. Il partage son temps entre la supervision des travaux d’excavation de Stechovice et l’organisation d’une recherche géologique préliminaire à St. Katherine. Lorsqu’il se promène autour de l’un de ses divers sites de fouilles. Gaensel à maintenant plus l’air d’un homme d’affaire de Floride à la retraite que de l’ancien prisonnier et agent de la police secrète qu’il était. Dans sa poursuite effrénée du trésor, il a certainement été obligé de trahir aussi bien les contacts nazis de Klein que les Services de Renseignement Tchèque. Cela ne s’est pas fait sans qu’il ne se fasse de nombreux ennemis et des rumeurs circulent d’un contrat sur sa tête.

L’INDOMPTABLE JOSEPH MUSZIK

Joseph Muszïk, 55 ans, est un homme sec et nerveux aux cheveux argentés et il a longtemps été considéré comme un outsider de la course aux trésors de Stechovice. Habillé de treillis militaire américain agrémenté d’une bonne dose de bijouterie en or il apparaît de temps à autre sous la rubrique people de la presse populaire. Durant toutes les péripéties de l’affaire, il ne cesse d’affirmer que seul lui, un Tchèque, parviendra à découvrir le trésor.

Au début des années 90, alors qu’il se limite à passer les collines de Stechovice au détecteur de métal, Muszïk explore méthodiquement 240 kilomètres carrés pour essayer de réduire son champ de recherche. Pour commencer il réussit à retrouver une formidable collection d’uniformes allemands, de médailles et d’autres objets datant de la guerre et établit les plans de plusieurs zones qu’il compte explorer.

Malgré de maigres finances et dépendant uniquement d’informations venant des vieux résidents de la région, Muszïk parvient à rassembler une équipe de volontaires dévoués et déploie ses talents de débrouillard pour obtenir les documents confidentiels que le Ministère de l’Intérieur a rassemblé pendant ses recherches officielles des années 7O et 80. Il ne dément pas les rumeurs persistantes d’avoir à un moment travaillé pour le CIS. Il utilise son énergie inépuisable pour voyager dans tout le pays et interroger les survivants du camp de concentration de Stechovice. Sur les informations d’un habitant de la région qui a été le témoin d’une exécution, il met à jour la fosse commune de 40 prisonniers de guerre fusillés après avoir construit un tunnel dans les environs.

Quand la municipalité de Stechovice lui délivre enfin un permis de construire pour qu’il puisse commencer des excavations en 1994, Muszïk et son groupe de volontaires ne voulant pas être pris de court se cotisent pour co-louer au moins quelque un de nombreux emplacements les plus prometteurs.Un an plus tard les finances de Muszïk sont à sec et son camp de Stechovice est briêvement déserté. Il revint cependant quatre mois plus tard, cette fois avec des fonds suffisants investis par un millionnaire Tchèque. À l’heure actuelle, il négocie toujours ses permis d’excavation avec la municipalité de Stechovice.

Jusqu’à présent et en dépit des allures paramilitaire des équipes en présence et malgré la haine intense dont paraît-il se voue Gaensel et Muszïk, chacun d’eux reste civil avec l’autre. « Il ne faut pas sous-estimer Muszïk » dit Gaensel, « Muszïk est déterminé et très intelligent. Il possède de nombreux documents utiles ». Chacune des équipes a maintenant soigneusement délimité et protégé son territoire. Aucun empiétement de territoire ni d’interférence mutuelle n’a été rapporté ni de Gaensel ni de Muszïk. En plus de la pression due à une compétition acharnée les deux équipes doivent faire face à la date butoir de la saison d’été. Grèce à son lac Stechovice et ses environs sont une destination de vacance très prisée et les excavations doivent s’arrêter en Juin au début des vacances scolaires et ne peuvent reprendre qu’à l’automne.

Muszïk et Gaensel ne font peut-être qu’imaginer la nature de leurs trouvailles potentielles sans se rendre compte du niveau des enjeux d’un jeu dans lequel de façon consciente ou inconsciente ils se sont empêtrés.

UN RÊVE DE PRODUCTEUR

De retour à Prague, près d’un an après l’expédition des cercueils de Zakupy de 1990, Jaroslav Sveceny rend visite à Madame Bajerlova, l’historienne de l’art du Ministère de la Culture venue le rejoindre à la hâte sur le site au moment de la découverte du catafalque de l’Archi Duchesse italienne Maria Francesca de Toscane. Elle avait à l’époque fait un rapport détaillé de la trouvaille et l’avait fait signer à Sveceny et ses acolytes contre un reçu qui pourrait éventuellement les exonérer de toute responsabilité et qu’ils ne puissent être accusé de détourner les pierres précieuses ou semi-précieuses répandues sur le sol de la crypte. Une clause spéciale de ce rapport stipule que les inventeurs du trésor ont droit à une commission de 10% sur sa valeur en plus des frais de leur expédition. Sveceny est cependant encore plus curieux de savoir ce que sont devenus les cercueils, que nous avions laissés dans la crypte inondée. Madame Bajerlova explique à Sveceny que des changements intervenus au plus haut niveau du Ministère de la Culture et d’un geste las lui montre le rapport sur l’état de l’économie Tchèque posé sur son bureau. Il n’y a pas assez d’argent dans le budget Tchèque même pour la préservation de ses Antiquités historiques les plus et encore moins pour payer les prime cependant garanties par la loi à tout inventeur d’un trésor.

Deux ans plus tard Sveceny reprend contact avec ses collaborateurs et agents secrets. Ils décident de joindre leurs maigres ressources pour reprendre les fouilles au moins sur la base d’un recherche limitée. C’est peut après peu près à la même époque que la chasse au trésor de Stechovice allait commencer.

Durant les huit années suivantes, pour autant que son emploi du temps le permette, Sveceny maintenant définitivement installé à Prague, va creuser des trous, construire des puits, manipuler des détonateurs de mines, faire exploser du Semtex, plonger dans les eaux boueuse d’un lac allemand et beaucoup appris beaucoup sur les mines antipersonnel‚ Tout au long de cette aventure, il rencontre bon nombre de gens, des voyants extralucides aux ministres du gouvernement, des chasseurs de trésors aux agents du contre espionnage, des vieux communistes convaincus aux sorciers africains. Il a la chance qu’une vogue soudaine du tourisme international amène en République Tchèque des milliers de jeunes gens, anciens expatriés comme lui et qui reviennent au pays. Ils ont une bonne dose d’enthousiasme et un goût pour l’aventure. Ils n’hésitent jamais à se porter volontaire et prendre pelle ou pioche pour se joindre à Sveceny dans mes recherches de week-end. Malheureusement, il seront obligés à plusieurs reprises d’abandonner des pistes prometteuses et de quitter un site d’exploration en raison du mauvais temps, de manque de matériel sophistiqué ou tout simplement d’argent. Malgré tous ces obstacles, ils réussissent à mettre en évidence que Stechovice n’est que l’une parmi plusieurs des régions de la République Tchèque dans lesquelles est toujours enfoui ce que les services de renseignements d’au moins cinq pays recherchent depuis la fin de la deuxième guerre mondiale.

La collaboration de Jaroslav Sveceny avec les deux anciens agents du renseignement Tchèque, Monsieur M.C et Monsieur Z.H, a continué d’être un élément clé de ses découvertes. Leur expérience, leurs connaissances professionnelles lui permettent non seulement de trouver et d’identifier plusieurs sites d’exploration mais aussi d’éviter de prendre des risques en engageant des travaux d’excavation inutiles. Sveceny reçoit l’assistance occasionnelle d’une société d’études géologique Canadienne « Zebra ». Leurs équipements en radars et sonars haut de gamme apportent une aide précieuse, notamment pour situer en moins de 24 heures le passage allant au vaste labyrinthe souterrain sous l’église de Zakupy. Sveceny aura en outre un accès direct aux rapports de la police Tchèque sur les recherches qu’elle avait entreprises à l’époque communiste et rassemble tous les films d’archives que des explorateurs Russes et Suédois ont tournés sur le sujet du trésor Nazi. Une découverte importante est attendue en automne 2002. Sveceny et son équipe s’apprêtent à marcher sur les traces de l’expédition du commando des forces armées franco-américaine qui en 1946 avait trouvé les 32 coffres de documents Allemands enfouis dans un bunker près de Stechovice. D’après les rapports de l’USFET, plus de 300 de ces coffres sont toujours cachés dans les environs.